Dans le monde des piments, où les amateurs de sensations fortes et les cultivateurs rivalisent pour créer des variétés toujours plus extrêmes, le Dragon’s Breath Pepper occupe une place fascinante. Avec une puissance estimée à environ 2,48 millions d’unités Scoville, ce piment dépasse le célèbre Carolina Reaper (moyenne de 1,6 million d’unités, avec des pics à 2,2 millions) mais reste en deçà du monstrueux Pepper X (moyenne officielle de 2,693 millions, avec des pics revendiqués à 3,18 millions). Né au Royaume-Uni, plus précisément au Pays de Galles, le Dragon’s Breath est une création qui mêle science, horticulture et une touche de folklore local. Voici son histoire.
Le Dragon’s Breath Pepper n’est pas apparu par hasard dans un champ quelconque. Il est le fruit d’une collaboration entre des chercheurs de l’Université de Nottingham Trent et un horticulteur passionné du Pays de Galles, Mike Smith, propriétaire de Tom Smith’s Plants. L’histoire commence en 2017, lorsque Smith, un amateur de piments et participant régulier au prestigieux Chelsea Flower Show (une exposition horticole renommée au Royaume-Uni), décide de travailler sur une variété exceptionnelle. Son objectif initial n’était pas nécessairement de battre des records de puissance, mais plutôt de créer un piment à la fois esthétique et incroyablement intense, digne de l’attention des juges et des passionnés.
Mike Smith s’associe alors à des scientifiques pour explorer des croisements inédits. Bien que les détails exacts des variétés parentes restent flous (les cultivateurs de piments extrêmes protègent souvent jalousement leurs secrets), il est probable que le Dragon’s Breath soit issu de croisements impliquant des piments de l’espèce Capsicum chinense, comme le Trinidad Scorpion ou le Bhut Jolokia (Ghost Pepper), connus pour leur intensité brûlante. Le processus a nécessité des années de sélection minutieuse, dans des serres contrôlées, pour stabiliser les caractéristiques de ce nouveau cultivar.
Le nom Dragon’s Breath (Souffle du Dragon) n’est pas anodin. Il fait directement référence au dragon rouge, symbole emblématique du drapeau gallois et figure centrale de la mythologie du Pays de Galles. Ce clin d’œil culturel ancre le piment dans son terroir d’origine, tout en soulignant la sensation de feu qu’il procure à quiconque ose le goûter.
Lorsque le Dragon’s Breath fait son apparition publique en 2017, il attire immédiatement l’attention grâce à une revendication audacieuse : un pic de 2,48 millions d’unités Scoville. Pour mettre cela en perspective, un piment jalapeño classique oscille entre 3 000 et 8 000 unités, tandis que le Carolina Reaper, détenteur du titre de piment le plus fort du monde par le Guinness World Records de 2013 à 2023, affiche une moyenne de 1,6 million d’unités avec des pointes à 2,2 millions. Avec ses 2,48 millions d’unités, le Dragon’s Breath semblait prêt à détrôner le Reaper.
Cependant, cette mesure n’a jamais été officiellement validée par le Guinness World Records. Les chiffres avancés proviennent de tests préliminaires réalisés par Smith et ses collaborateurs, mais aucun certificat officiel n’a été attribué. Cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs : la variabilité naturelle des unités Scoville selon les conditions de culture (sol, climat, maturité du fruit) et le manque de tests indépendants à grande échelle. Malgré cela, les amateurs de piments et les médias ont largement relayé cette puissance impressionnante, faisant du Dragon’s Breath une légende instantanée.
Visuellement, le Dragon’s Breath est un petit piment rouge, souvent ridé et bosselé, typique des variétés ultra-piquantes de Capsicum chinense. Sa taille modeste cache une concentration exceptionnelle de capsaïcine, la molécule responsable de la sensation de brûlure. Ceux qui l’ont goûté décrivent une chaleur immédiate, écrasante, qui dépasse rapidement les limites du supportable pour la plupart des palais.
L’histoire du Dragon’s Breath ne se limite pas à une quête de records ou à un défi culinaire. Dès son lancement, Mike Smith et ses collaborateurs ont mis en avant un objectif surprenant : utiliser ce piment à des fins médicales. La capsaïcine, en très forte concentration, possède des propriétés anesthésiantes et analgésiques. L’idée était de développer une huile à base de Dragon’s Breath qui pourrait servir d’alternative aux anesthésiques traditionnels, notamment pour les patients allergiques aux traitements chimiques classiques.
Cette ambition a suscité un vif intérêt. Les chercheurs de l’Université de Nottingham Trent ont exploré cette piste, imaginant des applications dans des sprays ou des pommades. Avec une puissance rivalisant avec celle des gaz poivrés utilisés pour l’autodéfense (souvent autour de 2 millions d’unités Scoville), le Dragon’s Breath pourrait en effet avoir un potentiel dans des contextes non alimentaires. Cependant, peu de progrès concrets ont été rapportés depuis 2017, et cette application reste pour l’instant au stade conceptuel.
Malgré son entrée fracassante sur la scène mondiale en 2017, le Dragon’s Breath n’a pas réussi à s’imposer durablement comme le roi des piments. Quelques mois après son annonce, un concurrent encore plus redoutable apparaît : le Pepper X, créé par Ed Currie, l’homme derrière le Carolina Reaper et fondateur de la PuckerButt Pepper Company aux États-Unis. Avec une moyenne officielle de 2,693 millions d’unités Scoville (et des pics revendiqués à 3,18 millions), le Pepper X relègue le Dragon’s Breath à la deuxième place.
Cette rivalité illustre une course effrénée dans le monde des piments extrêmes. Ed Currie, avec ses ressources et son expérience, a su stabiliser et faire certifier le Pepper X par le Guinness World Records en 2023, un exploit que le Dragon’s Breath n’a pas atteint. De plus, Currie a choisi de limiter l’accès aux graines et aux plants de Pepper X pour protéger sa création, tandis que le Dragon’s Breath est resté plus discret, avec une disponibilité limitée et peu de commercialisation officielle.
Malgré son statut officieux, le Dragon’s Breath conserve une aura particulière. Il incarne un moment clé dans l’évolution des piments extrêmes, où des horticulteurs européens ont défié la domination américaine (notamment celle d’Ed Currie) dans ce domaine. Pour les passionnés, il représente aussi une alternative fascinante au Carolina Reaper, avec une histoire ancrée dans le terroir gallois et une ambition qui dépasse la simple gastronomie.
Aujourd’hui, les graines de Dragon’s Breath sont difficiles à trouver sur le marché grand public. Mike Smith et ses partenaires semblent avoir privilégié une approche artisanale plutôt qu’une production de masse, peut-être pour préserver l’exclusivité de leur création. Quelques cultivateurs amateurs affirment avoir obtenu des plants à partir de sources non officielles, mais leur authenticité reste incertaine.
Pour mieux situer le Dragon’s Breath, comparons-le à ses deux principaux rivaux :
Le Dragon’s Breath Pepper est plus qu’un simple piment : c’est une aventure horticole, un défi scientifique et un symbole de l’audace galloise. Bien qu’il n’ait pas décroché le titre officiel de piment le plus fort, il a marqué les esprits par sa puissance et son originalité. Dans un monde où les limites du piquant sont sans cesse repoussées, il reste une étape mémorable, un souffle de dragon qui continue d’inspirer les amateurs de feu gustatif. Alors que le Pepper X domine actuellement, nul doute que de nouveaux prétendants émergeront, mais le Dragon’s Breath conservera toujours sa place dans l’histoire des piments extrêmes.