Le Carolina Reaper, un piment qui a marqué l'histoire des saveurs pimentées, est bien plus qu'un simple légume. Développé par Ed Currie, il incarne une quête passionnée pour repousser les limites de la chaleur culinaire. Cet article explore ses origines, son développement, son impact sur la communauté des amateurs de piments, sa culture, et les expériences souvent mémorables de ceux qui l'ont goûté.
Ed Currie, un Américain originaire de Caroline du Sud, a commencé à travailler sur le Carolina Reaper vers 2001. Après avoir lutté contre des problèmes de dépendance, il a trouvé un exutoire dans la culture des piments, une passion héritée de sa mère qui lui avait appris à croiser des iris et des lys. Son objectif initial n'était pas de créer le piment le plus fort du monde, mais plutôt un piment avec une saveur unique et une chaleur intense. Currie a fondé PuckerButt Pepper Company en 2003, devenant le plus grand producteur de piments biologiques aux États-Unis, avec des ventes annuelles d'environ 1 million de dollars.
Le processus de création a impliqué le croisement d'un piment Habanero de Saint-Vincent, décrit comme "vraiment méchamment chaud", et un Naga (Ghost pepper) d'Assam, en Inde, connu pour ses 1,5 million de SHU. Ce croisement, nécessitant plus de 10 ans et des centaines de combinaisons hybrides, a abouti à un piment rouge, noueux, avec une texture bosselée et une petite queue pointue, nommé "Smokin' Ed's Carolina Reaper" en raison de sa forme en queue de faucille.
La chaleur du Carolina Reaper est mesurée sur l'échelle de Scoville, développée en 1912 par le pharmacien Wilbur Scoville. Cette échelle évalue la concentration de capsaïcine, le composé responsable de la sensation de brûlure. Initialement, la méthode organoleptique de Scoville impliquait des dégustateurs diluant un extrait de piment dans de l'eau sucrée jusqu'à ce que la chaleur disparaisse. Aujourd'hui, des méthodes plus précises comme la chromatographie liquide à haute performance (HPLC) sont utilisées.
En 2017, le Carolina Reaper a été certifié par le Guinness World Records comme le piment le plus pimenté, avec une chaleur moyenne de 1,641,183 SHU, basée sur des tests menés par Winthrop University en Caroline du Sud. Certains spécimens ont atteint 2,2 millions de SHU, surpassant largement des piments comme le jalapeño (2,500-8,000 SHU) ou le Ghost pepper (855,000-1,041,427 SHU). Comparé au précédent détenteur du record, le Trinidad Scorpion Butch T, avec 1,463,700 SHU, le Reaper était nettement plus chaud.
L'introduction du Carolina Reaper a transformé la communauté des amateurs de piments. Il est devenu un symbole de chaleur extrême, inspirant des défis sur les réseaux sociaux et des compétitions d'ingestion, comme celles vues dans l'émission "Hot Ones", où des célébrités mangent des nuggets de plus en plus pimentées. Sa popularité a également conduit à la création de variétés encore plus chaudes, comme le Pepper X, développé par Currie en 2023, avec une chaleur moyenne de 2,69 millions de SHU, surpassant le Reaper.
Le piment a également suscité des débats. Certains se demandent si sa chaleur extrême est naturelle ou si elle résulte de manipulations génétiques intensives. Des rumeurs de pratiques douteuses lors des tests de Scoville ont circulé, bien que sans preuves solides. Malgré cela, le Carolina Reaper reste une figure centrale dans la culture des piments, avec des produits dérivés comme des sauces et des graines disponibles dans plus de 95 pays.
Cultiver le Carolina Reaper nécessite des conditions spécifiques. C'est une plante de type Capsicum chinense, nécessitant une saison de croissance longue, beaucoup de soleil et un sol bien drainé. Les graines doivent être démarrées dans un environnement chaud, avec des températures de germination idéales autour de 29°C, souvent aidées par des tapis chauffants pour les semis. La germination peut prendre 7 à 21 jours, parfois plus, et les plants doivent être protégés des gelées, étant pérennes seulement dans les zones USDA 9-12, sinon cultivés comme annuels.
Les plants peuvent atteindre plus de 1,5m de haut en pot, produisant des fruits rouges, noueux, d'environ 4 cm de long, qui passent du vert au rouge à maturité. Ils sont des producteurs prolifiques, mais leur culture demande attention, car les huiles de capsaïcine peuvent causer des brûlures au contact, nécessitant des gants pour la manipulation.
Manger un Carolina Reaper est une expérience intense, souvent décrite comme douloureuse. Un article sur Food Republic raconte comment un individu, après avoir mangé un entier, a souffert pendant six heures, avec des sensations de brûlure intense et des troubles gastriques. Un autre cas, documenté par Newsweek, mentionne un homme de 34 ans ayant développé des maux de tête foudroyants après en avoir mangé, nécessitant des examens pour des dommages cérébraux, bien qu'il s'en soit remis.
Des compétitions d'ingestion, comme celles de Greg Foster, montrent des performances impressionnantes, comme manger 10 Reapers en 33,15 secondes, mais aussi des conséquences comme des vomissements et des douleurs prolongées. Ces histoires soulignent la nécessité de prudence, avec des conseils comme attendre entre les bouchées pour éviter une surcharge de capsaïcine.